Subjectivités
J'ai vécu ces années-là et j’ai côtoyé
à l’école, des enfants dont les parents avaient probablement
été pétainistes. Cela restait de l’ordre du
secret. On se doutait que… on avait la version d’untel…
Et c’était tout ! Il y avait toujours ce versant obscur,
que j’ai voulu conserver dans cette histoire racontée du
point de vue des fillettes. Ainsi, à propos de la grande soeur
morte, on ne sait pas qui dit la vérité, puisque c’est
raconté du point de vue de la grand-mère, puis de la mère,
puis d’une voisine…On sait juste que la vérité
se situe quelque part dans ce triangle là. Chacun voit les choses
à sa façon et je trouve cela beaucoup plus plausible et
beaucoup plus poignant que si la vérité était sortie
de la bouche d’un seul personnage. Ce procédé là
me paraît artificiel et je préfère jouer avec les
différentes subjectivités.

Révélateur
La télévision est un révélateur. Elle révèle
notamment beaucoup de choses sur le comportement de ceux qui la regardent.
C’est grâce à la télévision, que l’une
des deux mères s’aperçoit que son mari s’intéresse
au sport ou aux filles comme Brigitte Bardot. C’était amusant
de le montrer ainsi. D’une part, il y a la boîte à
images avec les vrais documents de l’époque. D’autre
part, la boîte à fantasmes. Le double sens est permanent.
Je regardais peu la télévision, j’allais plutôt
au cinéma. Mais je me souviens d’être allée
la regarder chez des amies. C’était la fête, à
l’image des trois gamines dans le film, dont celle qui tombe amoureuse
du maître-nageur, celui-là même qui va partir en Algérie.
Les fillettes prennent la mesure de cet événement dramatique
parce qu’elles l’ont vu et entendu à la télévision.
J’ai aimé installer au fil du récit ces petites touches
de rappels historiques.

Histoires vécues
Pour écrire cette histoire, outre mes souvenirs personnels, j’ai
beaucoup écouté les gens, comme je le fais tout le temps.
Ensuite je mélange tout. Je n’ai jamais fait ma communion,
mais je me souviens bien de l’ambiance festive et joyeuse qui précédait
l’événement. Il y a aussi un tas de souvenirs de mes
amies ou de Marco Pauly, comme cette grand-mère qui lit Angélique
à haute voix ! Comme dans tout travail de création, nous
avons mélangé beaucoup de vécus…

Rêver
Je suis très touchée par l’amitié poignante
de ces deux fillettes que l’on va séparer. Quand Florence
Pernel qui joue l’une des mères, lit la voix off à
la fin du film, je me surprends à pleurer. Cette vie était
un peu terne, un peu sombre, mais en même temps pleine d’attentes.
Il y avait une notion d’idéal. On rêvait à ces
choses que l’on ferait un jour… ou pas… mais on rêvait
! Arriver à faire un récit émouvant sur ce que l’on
aurait aimé faire a fait le succès de Maupassant…
C’est un peu dans cette lignée que nous avons voulu nous
inscrire !

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