| Mon Regard (suite) | |
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| Le lendemain une lettre, un CV et une photo partaient. Ce que ni
Charlotte ni moi ne savions, c’est qu’Eric préparait
le deuxième volet des Rendez-vous, qu’il avait écrit
pour Aurore Rauscher. Charlotte parla de moi (grâce lui soit rendue, car très rares sont les acteurs qui se souviennent de leur parole). Quelques mois plus tard Eric proposa à Aurore sur photo trois acteurs potentiels, dont moi, pour jouer « Lui ». Aurore trouva ma tête engageante. Un jour le téléphone sonne : - « Bonjour c’est Eric Rohmer, j’aimerais vous voir » - « Oui bien sûr, quand voulez-vous ? » - « Aujourd’hui à 15 h à mon bureau ». J’étais liquéfié, il m’expliqua le projet, son économie, me fit lire une ou deux scènes, me présenta Aurore, me donna deux scènes à travailler pour des essais huit jours plus tard. Pendant presque deux mois nous nous sommes vus régulièrement. De semaine en semaine il me donnait de nouvelles scènes et nous allions les mettre en place avec Aurore dans le lieu ou elles devaient se tourner puis nous retournions à son bureau boire du thé et manger des gâteaux et du chocolat. Le « supplice » semblait sans fin, cela ressemblait à une tentative de record pour le Guinness Book des essais les plus longs pour le cinéma et je commençais à en perdre le sommeil. Un jour, prenant mon courage à deux mains, je demande : « Pardonnez-moi Eric, mais j’aimerais savoir à quel moment vous estimerez que les essais seront concluants ? » Il lève le nez de son bureau, un peu interloqué : « Mais je vous ai engagé dès les premiers essais ». Devant ma mine pour le coup interloquée elle aussi : « Je ne vous l’ai pas dit ? Eh bien j’ai oublié ! ». Voilà les origines de mon premier film avec Eric Rohmer. |
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| Ce tournage était placé sous le signe de la liberté. Le premier jour, nous étions sur les bords de la Seine, équipe artistique et technique au grand complet, soit six personnes : Eric Rohmer, Françoise Etchegaray (assistante, productrice), Diane Baratier (image), Pascal Ribier (son), Aurore Rauscher et moi. Le premier endroit où nous devions tourner, à proximité des bateaux-mouches, était trop bruyant. Eric simplifia et nous allâmes trois cents mètres plus loin, plus près de la Seine. J’avais l’impression de me promener et ce jour-là j’ai failli ne pas réaliser que nous tournions un film. C’est après la première prise, qu’Eric jugea satisfaisante, que le déclic s’est opéré et, confus, avec une sueur glacée dans le dos, j’ai demandé une deuxième prise qu’Eric ne trouvait pas nécessaire. J’ai fini par l’obtenir, j’étais enfin dans le film et c’est cette deuxième prise qui a été montée. | |
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| Pour la scène au jardin du Luxembourg, Eric voulait une lumière
de 15 h. Comme la scène avait déjà été
mise en place auparavant, le rendez-vous eut lieu à 14 h
30 sur place ; pas de costumes, pas de maquillage et pas de coiffeur,
les seules pièces étrangères à ma garde-robe
sont les foulards que je porte et qui sont ceux d’Eric. Une répétition pour Diane et Pascal et moteur, sans bruit ni demande de silence, un clap fait d’un carnet à spirale et de mains claquées, pas de perche afin de ne pas attirer l’attention mais des micros HF (sans fil), un autre posé sur un sac derrière un arbre pour l’ambiance : une prise, deux prises et à 15 h 30 retour au bureau pour boire du thé. Je demandai un jour à Eric pourquoi il ne voulait pas plus de trois prises. Il me répondit qu’au-delà de trois des mécanismes se mettaient en place dont la disparition nécessitait énormément de travail. Il me dit que s’il n’avait pas ce qu’il voulait au bout de trois prises, on arrêtait et on recommençait le lendemain ou deux jours plus tard… La séquence où nous sortons du Luxembourg par la grande grille, la caméra sur pied était masquée à la vue des passants par les corps d’Eric et Françoise côte à côte qui faisaient écran, l’objectif passant entre leurs hanches. J'ai désappris le cinéma du cinéma au profit de la simplicité. |
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